Je me délectais réellement de ce moment père/fils. Nos assiettes étaient désormais à moitié vides et le ton leger de la conversation se dissipa soudain pour laisser place au sérieux.
- Les choses vont changer tu sais. J'ai d'ailleurs pris quelques initiatives.
J'acquiesçais, silencieux, attendant calmement la suite.
- Je sais que je n'ai pas été un bon père et je tiens à me racheter. Je sais que tu dois penser qu'il est trop tard, tu es presque un adulte maintenant. Mais je ne voyagerai plus autant pour mon travail. J'ai acheté une maison à Hambourg que je vais partager avec ma compagne, Mary, je suis sure que tu l'apprécieras. Je voulais d'abord avoir ton ressenti là-dessus, finit-il en baissant le ton, presque ... timide?
- Sur quoi? le fait que tu aies une petite-amie?
- Oh et bien, en effet, ria-t-il nerveusement avant de se passer la main dans les cheveux.
- De toute façon, je n'ai pas mon mot à dire. Et puis ce n'est pas la première fois que je te sais avec une autre femme que maman, dis-je en lui assignant un regard plein de sous-entendus.
- C'est différent cette fois. Je tiens à elle et puis, c'est officiel. Je voudrais vraiment que tu t'entendes bien avec elle. Et puis nous allons vivre ensemble.
- Oui, à Hambourg, répliquais-je d'un ton froid qui sonnait presque comme un reproche.
- Tu n'aimes pas cette ville?
- Papa, ma vie est à Berlin maintenant, soufflais-je agaçé, toutes mes pensées etant tournées vers Bill en ce moment même. Le quitter me semblait tout bonnement impensable.
- Oui, mais beaucoup de tes voeux pour l'année prochaine sont des écoles qui se trouvent à Hambourg ou à proximité et ...
- Quoi? l'interrompais-je. Comment tu sais ça? Tu n'étais même pas là quand j'ai rempli les formurlaires, m'écriais-je un peu plus fort que je ne l'aurais voulu.
- Tom, je passe peut-être du temps loin de toi mais j'ai toujours veillé sur toi. J'appelle régulièrement ton lycée pour être au courant de tes notes et connaître les appréciations de tes professeurs. Je me suis renseigné et les écoles que tu as demandé à Hambourg font parties des meilleures. C'est naturellement que j'ai acheté cette maison. Je l'ai fait en pensant à toi, au fait que je serai plus proche de toi et à l'avenir que je voulais construire, avec moi, plus présent dans ta vie, et sans oublier Mary.
Je ne savais pas quoi répondre à ça. Je n'étais décidément pas habitué à voir mon père s'épencher autant. Mais ça me faisait du bien. Ca me faisait du bien de l'entendre dire toutes ces choses réconfortantes. Ca me faisait du bien de voir qu'il m'incluait dans sa vie future alors que ma mère m'en avait complètement exclu.
Après une petite étreinte, on retourna à la maison. Le trajet en voiture fut rapide bien que silencieux et c'est seulement lorsqu'il se garra dans l'allée que je me souvins qu'il fallait que j'aille rejoindre Bill chez lui.
- Papa?
- Mmh? dit-il en enlevant les clés du contact.
- Je dois aller dormir chez un ami.
- Maintenant? interrogea-t-il en fronçant les sourcils. Il est tard Tom.
- Je sais mais il m'attend.
- Comment s'appelle-t-il?
- Bill.
- Et?
- Comment ça " et " ?
- C'est tout ce que tu as à me dire sur lui?
- Pourquoi? Je devrais te dire quelque chose en particulier?
- Il passe beaucoup de temps ici non?
- Comment peux-tu le savoir? Tu n'es jamais là, crachais-je un peu trop durement.
- Tom, soupira-t-il, même si je ne suis jamais là, tu n'es pas complètement seul.
- C'est-à-dire? questionnais-je perplexe.
- Les Clark jettent un oeil sur toit de temps à autre. Ils euh... comment dire? s'assurent que tout aille bien.
- Ces gens m'espionnent? m'indignais-je.
- Personne n'espionne personne. Ils veillent juste à ce qu'il ne t'arrive rien.
- Et puis, qui sont les Clark? demandais-je désormais sur la défensive.
- Ce sont les voisins d'en face. Des gens charmants.
- Le couple avec les petites jumelles rousses?
Il acquiesça.
- Lorie et Melissa, deux petites terreurs si tu veux mon avis. Elles me font un peu penser à toi plus jeune, mais en double, souria-t-il.
Je posais ma tête sur le tableau de bord et soufflais bruyamment, analysant ma situation. Il y a à peine quelques heures je vivais en pensant que j'étais livré à moi-même et que mon père ne s'en souciait pas franchement. Il se foutait totalement de moi et là, j'apprends que peut-être, il se s'en fichait pas tant que ça. Je soupirais, déconcerté. Mes membres étaient tendus et j'avais besoin de me détendre. Et je savais que seul Bill pouvait m'apaiser. Je soupirais une deuxième fois et commençais à ouvrir la portière de la voiture.
- Tom.
Je me figeais à l'entente du ton dur, même autoritaire qu'il avait employé. Pouvait-il réellement m'empêcher de m'en aller après sa si longue absence? Pouvait-il réellement reprendre son rôle de père comme si de rien n'était après une si longue entracte?
Et je crois bien qu'il s'est posé les mêmes questions car je l'entendis soupirer puis balbituer:
- Tu... tu veux que je te dépose quelque part?
- Non, ça ira, il n'habite vraiment pas loin.
Je sortis alors sans plus un mot. Je montais rapidement dans ma chambre pour prendre quelques affaires et je partis en route pour chez Bill. Une fois arrivé, j'entrais sans même prendre la peine de frapper, comme j'en avais l'habitude. Je m'avançais dans la maison silencieuse en l'appelant.
- Bill?
Il n'y avait personne dans le salon, ni dans la cuisine. Le rez-de-chaussé étant désert, je montais rapidement les escaliers et me rendais directement dans sa chambre. Il était là, allongé sur son lit vêtu seulement d'un caleçon et ses cheveux étaient éparpillés sur l'oreiller. La pièce était plongée dans la pénombre mais quelques rayons de Lune venaient l'éclairer faiblement. Et dans cette lueur presque bleuâtre, je ne pouvais m'empêcher de le trouver purement magnifique.
J'enlevais mes vêtements pour me retrouver dans la même tenue que lui, m'approchais doucement du lit, rabbatis les couvertures et je le pris précaucieusement dans mes bras afin de le glisser bien au chaud dans les draps, puis, je m'installais à ses côtés. Je le pris dans mes bras et mis ma tête dans son cou pour respirer à plein poumon son odeur que je trouvais si rassurante. Sans m'en rendre compte, mes mains caressaient son dos et la douceur de sa peu me fit du bien. J'avais besoin de son contact.
Après quelques secondes seulement de tendres caresses, je le sentais gigoter contre moi. Il frotta son nez contre mon épaule puis, déposa ses lèvres sur celle-ci.
- Mmh... Tu es enfin là. T'en as mis du temps, dit-il de son adorable voix endormie.
- Je sais mais mon père ne voulait plus me lâcher.
- Comment ça s'est passé? C'était bien? Vous vous êtes bien amusés?
Je lui racontais alors le déroulement du dîner en compagnie de mon père ainsi que la révélation qui m'a été faite, à savoir qu'ils s'assuraient de mon bien être à distance. J'essayais de rester calme vis-à-vis de cette situation. Cela me genait au plus au point d'être espionné par des personnes que je ne connaissais pas. Je n'étais plus un enfant, je savais très bien m'assumer mais je devais avouer que j'éprouvais tout de même une once de soulagement en sachant que mon père s'interessait un tant soit peu à moi.
Je préfèrais passer vite à autre chose, oublier cette soirée, j'étais dans les bras de Bill et c'est tout ce qui comptait.
Mes mains caressaient tendrement ses hanches nues alors que ses lèvres trouvaient les miennes. La sensation de ses ongles griffants doucement mon dos m'électrisait completement. Et je ne pourrais dire depuis combien de temps nous étions dans cette position, à se caliner, s'embrasser, s'aimer. Mon coeur battait de plus en plus vite en sentant sa poitrine collée à la mienne, ses jambes entrelaçées aux miennes, sa langue jouant avec la mienne. A cet instant, notre étreinte était si serrée que rien n'aurait pu nous séparer. Je me sentais si leger à ce moment, si heureux. Je stoppais ensuite notre baiser et je vins frotter mon nez contre sa mâchoire, lui offrant par moment quelques baisers dans le cou.
Puis, les mots sortirent de ma gorge sans que je n'eus rien penser, commander, préméditer, les mots s'échappaient de ma bouche comme si je les avais pensé tellement fort qu'ils s'étaient articulés d'eux-même, comme si je les avais toujours prononcé.
- Je crois que je t'aime.
Salut :)
Je sais que je suis inexcusable de mettre tant de temps à poster mais j'ai une vie et ces temps-ci elle ne me laisse pas vraiment le loisir d'écrire. Malgré ce que peuvent dire bon nombre de personnes, en Terminale L, ça bosse. Et le soir, après une journée de cours plus qu'éreintante, le courage d'écrire n'y est pas du tout. Et puis, le week end, je passe plutôt mon temps à sortir, à me détendre, plutôt qu'à écrire.
Enfin bref, beaucoup de temps pour un si ridicule chapitre et croyez-moi j'en suis désolée. Il ne se passe rien d'interessant, je sais. Mais il est essentiel pour faire avancer les choses. J'espère que vous allez tout de même aimer.
Sinon, je vous souhaite de passer d'agréable vacances les gens :)
Oh et bienvenue aux nouvelles lectrices qui m'ont laissé de si gentils commentires :)
Bisous!